Guerres coloniales guerres ecocidaires
L’histoire coloniale répète inlassablement cette vérité. Des oliveraies palestiniennes rasées aux deltas vietnamiens empoisonnés à l'Agent Orange, la violence écologique n'est jamais un dommage collatéral : elle est une stratégie. Cette arme rationalisée donne au colonialisme toute sa substance : détruire, exploiter, et effacer le vivant.
Il faut admettre que nommer l’écocide colonial ne suffit pas, pour comprendre le lien substantiel entre destruction du vivant et colonialité, il faut en déplier la logique et en retracer la généalogie. Il faut identifier les formes multiples: visibles, invisibles, militaires et juridiques. C'est ce que tentent d’analyser les articles réunis dans ce dossier.
Le premier article remonte aux forêts vietnamiennes défoliées par l'Agent Orange. Il montre que l'écosystème n’est ni un champ de bataille ancien, ni une victime collatérale des guerres des hommes: c'est une constante de la guerre coloniale dont les effets se déploient sur des générations entières, loin des caméras, dans les corps et dans les sols. Elle installe durablement un rapport au monde dualiste violent qui rend impensable la protection de l’environnement et la décolonisation. Le deuxième démonte la mécanique génocidaire éco-coloniale d’Israël en Palestine: l’éco-orientalisme décomplexé qui dépeint les Palestinien·ne·s comme des sauvages négligents sur une terre qu'ils habitent depuis des siècles, alors que l'écocide en cours rase les serres, empoisonne les sols et prive une population entière d'eau et de nourriture; tout un arsenal idéologique verdit méthodiquement le régime d'apartheid pour annihiler tout lien entre les palestinien·ne·s et leur terre.
Ce que ces articles partagent est une conviction: la crise écologique ne peut pas être pensée sans la crise coloniale. Dans les poèmes de Darwich et de Tadjo qui refusent la séparation entre un peuple et sa terre, dans les luttes de Tran To Nga devant les tribunaux français, dans la résistance quotidienne que Manal Shqair nomme éco-soumoud, partout, la destruction rencontre son contraire. La violence éco-coloniale n'est jamais sans réponse. Et c'est peut-être là, dans cette persistance du vivant face au colon, que l’écologie trouve sa forme la plus fondamentale.